"C'est le temps de l'amour, le temps des copains, et de l'aventure. C'est long et c'est court, ça dure toujours, on s'en souvient". Ah cette scène de la plage, comment l'oublier, elle est l'essence même de Moonrise Kingdom, dernier film de Wes Anderson présenté en ouverture à Cannes. Ca commence comme tous les Wes Anderson, par une présentation des personnages en vases clos, façon vignette vintage. La mise en scène est millimétrée, Wes a le souci du détail même le plus anodin et dans cet univers pourtant cadré, il nous montre une famille dysfonctionnelle, les Bishop, déjantée, dont la fille va s'enfuir. En filmant la fuite, Wes Anderson va se libérer des cadres parfois trop étriqués pour s'intéresser aux grands espaces et à son histoire d'amour, celle d'un petit garçon en marge avec son camp de scouts et cette petite Lolita, donc, mal à l'aise avec sa famille. Il dessine ainsi deux caractères bien trempés mais qui s'aiment au petit jour comme en témoigne cette scène de la plage (Françoise Hardy for ever !) dont je me souviendrais pendant bien longtemps. Après nous avoir servi une histoire pour enfants, Wes Anderson nous brosse une histoire avec des enfants dont le thème principal est l'amour (pas vraiment exploité dans ces autres films ; souvent l'amour filial, fraternel) et dont les parents sont des enfants attardés. Et l'émotion est là. On rit, on a peur avec eux. On voudrait être comme eux et (re)vivre ces amours interdits. Car Moonrise Kingdom est une hymne à l'enfance, au paradis perdu, aux amours insulaires, de gens pas comme les autres. Insulaire comme l'est le cinéma de Wes Anderson. Tout en split-screens, travellings, ralentis élaborés et autres minutieuses dispositions des personnages dans le cadre qui ne cesse de rappeller le théâtre (voire la sortie de la petite à la fin). Insulaire, dans le fait que le film se passe sur une île. Alors au final, Moonrise Kingdom mérite la palme ? Oui et un grand oui ! Et si, ces messieurs-dames ne la donnent pas, au moins un prix ne serait ce pour la mise en scène, elle aussi, insulaire.
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